The mothers 70 (2020)



The Mothers 70 frank zappa

Disque 1

1 - Red Tubular Lighter 4:50
2 - Lola Steponsky 3:29
3 - Trident Chatter 1:44
4 - Sharleena (Roy Thomas Baker Mix) 4:04
5 - Item 1 5:46
6 - Wonderful Wino 5:11
7 - Enormous Cadenza 1:10
8 - Envelopes 8:22
9 - Red Tubular Lighter 9:25
10 - Wonderful Wino 4:56
11 - Giraffe - (Take 4) 8:09
12 - Wonderful Wino 5:55

Disque 2

1 - Introducing…The Mothers 3:51
2 - Wonderful Wino 4:53
3 - Concentration Moon 2:30
4 - Mom & Dad 3:12
5 - The Air 3:17
6 - Dog Breath 2:09
7 - Mother People 2:09
8 - You Didn’t Try To Call Me 4:20
9 - Agon 0:37
10 - Call Any Vegetable 7:14
11 - King Kong Pt. I 4:30
12 - Igor’s Boogie 1:08
13 - King Kong Pt. II 7:08
14 - What Kind Of Girl Do You Think We Are ? 4:26
15 - Bwana Dik 2:48
16 - Daddy, Daddy, Daddy 2:47
17 - Do You Like My New Car ? 4:27
18 - Happy Together 1:59

Disque 3

1 - Welcome To El Monte Legion Stadium ! 2:18
2 - Agon 0:47
3 - Call Any Vegetable 8:28
4 - Pound For A Brown 4:37
5 - Sleeping In A Jar 2:44
6 - Sharleena 4:07
7 - The Air 3:55
8 - Dog Breath 2:00
9 - Mother People 2:05
10 - You Didn’t Try To Call Me 4:32
11 - King Kong Pt. I 4:03
12 - Igor’s Boogie 1:10
13 - King Kong Pt. II 8:27
14 - Eat It Yourself… 00:47
15 - Trouble Every Day 4:04
16 - A Series Of Musical Episodes 2:08
17 - Road Ladies 3:56
18 - The Holiday Inn Motel Chain 2:06
19 - What Will This Morning Bring Me This Evening ? 2:38
What Kind Of Girl Do You Think We Are ? 3:27

Disque 4

1 - What’s The Deal, Dick ? 1:24
2 - Another M.O.I. Anti-Smut Loyalty Oath 2:25
3 - Paladin Routine #1 1:24
4 - Portuguese Fenders 2:47
5 - The Sanzini Brothers 1:26
6 - Guitar Build ’70 5:16
7 - Would You Go All The Way ? 3:42
8 - Easy Meat 5:43
9 - Who Did It ? 1:16
10 - Turn It Down ! 4:13
11 - A Chance Encounter In Cincinnati 00:47
12 - Pound For A Brown 5:58
13 - Sleeping In A Jar 2:48
14 - Beloit Sword Trick 1:01
15 - King Solos Pt. I 15:22
16 - Igor’s Boogie 1:13
17 - King Solos Pt. II 5:24
18 - Gris Gris 8:38
19 - Paladin Routine #2 1:37
King Kong - Outro 1:32

4 heures et demi en compagnie du Zappa et des Mothers? Cà vous dit ?
Histoire de commémorer l'époque où Zappa jouait avec son backing band, The Mothers of Invention, de 1964 à 1975, voici une superbe compilation de 70 titres éparpillés sur 4 disques.
Véritable malle au trésor, cette box-set propose du studio, du live, des inédits, des prises alternatives, enfin bref, que des choses jamais entendues ailleurs sur la gigantesque discographie du moustachu.
Merci qui ? Merci à Ahmet Zappa, fils de Frank et frère de Dweezil, qui produit le tout.

Disque 1

Et tout de suite, un premier inédit, "Red Tubular Lighter". Très "Hendrixien", cet instrumental donne la parole à la 6 cordes tout du long pour un long message électrique. La basse y va aussi de son petit laius dans une ambiance hyper seventies. La chanson "Lola Steponsky" se veut plus baroque, avec un piano en maître de cérémonie. Le groupe trouve aussi le moyen d'y caser un solo de batterie qui dure pas loin de la moitié du morceau. Mise en condition avant de jouer avec "Trident Chatter" puis le groupe enquille sur un mixage inédit de "Sharleena" issu de "Chunga's Revenge". En mode plutôt mid-tempo, ce titre reflète bien son époque avec un petit côté pop psychédélique.

"Item 1" est le squelette d'un morceau et c'est bien la première fois que l'on a ce genre d'ébauche dans un disque du Zappa. Basse, guitare et batterie en constitue l'armature dépouillée. Tout en rythmique, l'essai ne contient aucun solo hormis celui de la basse à mi-parcours. Qui sait quel titre a pu émerger de cette jam ? Peut-être aucun en définitif.

Suite avec le blues "Wonderful Wino" saisi depuis "Zoot Allures". Zappa est derrière le micro chant, et cette version alternative à celle retenue pour l'album de 1976 se prolonge de près de 2 minutes.
Une petite chose pianistique, genre entrée en matière avec "Enormous Cadenza" puis survient une grosse pièce de cette première rondelle, "Envelopes". Pièce contemporaine, ce long instrumental figure en partie restreinte sur "Ship Arriving Too Late To Save A Drowning Witch" et sur quelques albums live ("London Symphony Orchestra Vol. I", "London Symphony Orchestra Vol. II"...). Minimaliste, le titre se contente d'un piano, d'un orgue et d'une batterie pour un ensemble sec et austère. Livrée à elle-même, la batterie tire sur le jazz.

Très académique et répété en studio sur cette version, "Envelopes" porte aussi les remarques de Zappa en fin de parcours.

Inconnu au bataillon, "Red Tubular Lighter" est signalé comme un inédit remasterisé. Ce long blues de près de 10 minutes est constitué par un solo hyper seventies, toute wah-wah dehors.
La suite, c'est une version alternative à "Wonderful Wino" que l'on peut trouver sur "Zoot Allures". Piano en avant, seulement accompagné d'une basse et d'une batterie fait tourner un blues tirant vers le jazz.
Belle expérience, peu commune chez Zappa, qui utilise peu le piano d'habitude.
Ensuite, nous assistons à la quatrième prise de "Giraffe", prétexte à un long solo de batterie. Cet instrumental un poil bordélique fait partie des morceaux "difficiles" du Zappa, de ceux qu'on écoute plusieurs fois pour y déceler un point d'achoppement, une source d'intérêt auditive.
Toujours blues pour clôturer ce premier des 4 chapitres des Mothers en 1970. "Wonderful Wino", le même que la plage 10 avec trois modifications. Zappa est au chant, le solo résulte d'une prise alternative et le morceau se prolonge sur une minute de plus.

Pour le disque suivant, nous avons droit à des lives inédits captés en juin et septembre 1970.

Disque 2

"Introducing…The Mothers" où Zappa nous parle de son backing band préféré. Ensuite, il présente les musiciens un par un, sous les ovations timides d'une foule somme toute clairsemée.
Second disque mais déjà la troisième fois pour "Wonderful Wino". Cette version live ne supplante pas les versions studios précédentes. Enregistrée dans son jus, cette captation live sonne vieillote et datée.
Le solo de guitare reste inspiré, soutenu par un orgue un peu trop présent.

Un sautillant "Concentration Moon" suit, directement sorti de "We're Only in It for the Money". Aussi potache que l'original, cette version live laisse briller un orgue Hammond virevoltant. Toujours du même album de 1968, "Mom & Dad", plus calme. Le titre prend de la vigueur pour finir en apothéose et revenir à la tranquillité en final. Une petite montagne russe au chant tremblotant et fantomatique.
Repris de "Uncle Meat", ce "The Air" live surfe sur le slow en vigueur en cette année érotique. Cette petite chose inoffensive retransmet bien le flegme de l'époque. Autre extrait du même album avec le court instrumental "Dog Breath" un chien assis sur un confortable coussin d'orgue Hammond, puis "Mother People" toujours du même disque, dans une version live à peu près conforme à l'original, quoique amputée de quelques secondes.
"You Didn’t Try To Call Me" se retrouve aussi sur "You can't do that on stage anymore vol 1". Morceau pop presque en décalage temporel, cette chanson dans une forme très classique et au charme désuet modélise bien les années 70 qu'elle représente.

Après le petit intermède "Agon" à la jolie contrebasse profonde et disponible aussi sur "The Road Tapes Venue 3" suit "Call Any Vegetable", inédit à l'époque et qui se retrouvera sur "Just Another Band from L.A." en 1972. Morceau à tiroir et à la structure complexe, "Call Any Vegetable" pourrait être qualifié de rock progressif.

Faut-il encore présenter "King Kong" ? Ce titre instrumental emblématique du Zappa figure sur la quasi-totalité des live produits par le bonhomme. Scindée en deux sur ce second disque, cette première partie laisse entendre un fabuleux solo d'orgue jazz. Comme un trait d'union avec la suite de "King Kong", le petit intermède au clavier "Igor’s Boogie", tiré de "Burnt Weeny Sandwich" puis la suite "King Kong Pt. II" qui démarre dans un jazz soutenu. Les instruments se relaient au chevet du malade, guitare, saxophone et clavier. Un solo de batterie court clôture l'ensemble.

Chanté à deux, le blues de "What Kind Of Girl Do You Think We Are ?" figurant aussi sur un autre live Fillmore East - June 71" suit le protocole imposé au vieux blues de famille. Un joli moment avec des images en noir et blanc. Présent lui aussi sur l'album live précité, "Bwana Dik" est un petit bordel théâtral savamment organisé avec différents mouvements dont certains frôlent l'hystérie.
Une version live de "Daddy, Daddy, Daddy" à écouter aussi sur "200 motels". Très sûrement pop, gentiment rock, conserve son côté "joie de vivre" avec un entrain non dissimulé.
En mode jazz minimaliste, "Do You Like My New Car ?" démarre tout doucement sur un beat de charleston recouvert de paroles vociférées. Tenant plus du théâtre contemporain que de la musique, ce morceau a du mal à captiver.
Une petite reprise des Turtles, "Happy Together" termine ce second opus.

Le troisième volume comporte 20 titres enregistrés en live à Santa Monica le 21-08-1970 et à Spokane le 17-09-1970.

Disque 3

Sur "Welcome To El Monte Legion Stadium !", Frank Zappa présente le spectacle et annonce le morceau d'ouverture, en fait précédé de la petite intro "Agon" présente aussi sur le deuxième disque. "Call Any Vegetable". Le morceau reste aussi plaisant qu'au premier passage sur le disque 2.

"Pound For A Brown" tourne plutôt rock, mais n'hésite pas aussi à loucher vers des symptômes jazz. La guitare de Zappa y est omniprésente, comme une directive à suivre. Suit "Sleeping In A Jar", instrumental riche en événements puis "Sharleena", un autre grand classique présent sur à peu près l'ensemble de la discographie live du bonhomme. Si le début montre des vélléités pop, la seconde partie se fait plus blues voire gospel.

Ballade langoureuse façon doo-wop avec "The Air" puis le court "Dog Breath", empreint d'une folie communicative, renforcé par le ton rugueux et profond de l'orgue Hammond.
Tour à tour lourd ou rapide, "Mother People" débute sous les acclamations d'un public connaisseur puis le groupe enquille "You Didn’t Try To Call Me" déjà disponible sur le disque 2.

Nouvelle version live de "King Kong Pt. I". Cette première partie met en place la mécanique complexe du morceau avec un espace libre pour le clavier. Ce passage puissant reste sans doute le meilleur moment de ce titre coupé en deux avec le court intermède "Igor’s Boogie" qui n'en est d'ailleurs pas un, puis la suite du morceau précédent. "King Kong Pt. II", porté par une rythmique énorme, affiche d'emblée la guitare de Zappa. Puis c'est le saxophone qui prend le relais parmi les éclats éparpillés expulsés par le clavier. L'ensemble se termine dans une belle communion d'instruments.

Quelques paroles de Zappa sur "Eat It Yourself" précède "Trouble Every Day". Sur une grille de blues assez classique Zappa débite un texte d'une voix atone. Le solo s'ancre profondément dans la rythmique solide développée pour l'occasion. Chaud moment.
Zappa échange et rit avec le public sur l'intermède "A Series Of Musical Episodes" puis envoie un petit coup de blues tout ce qu'il y a de plus classique. "Road Ladies".
Simulation d'engueulade entre Zappa et les Mothers sur "The Holiday Inn Motel Chain" puis deux questions posées terminent ce troisième opus du coffret.
"What Will This Morning Bring Me This Evening ?" sorti de "200 motels" langoureux et pompeux et au final théâtral. Enfin pour clore ce troisième chapitre, Zappa envoie "What Kind Of Girl Do You Think We Are ?", un dernier blues avant de prendre la route. Celui-ci est noueux, profond et surtout lointain, comme revenu des années 70.

Abordons maintenant le dernier opus, mélange de live provenant de différents concerts pas identifiés.

Disque 4

Commencons avec une petite conversation en arrière-plan, "What’s The Deal, Dick ?" puis enchainons avec "Another M.O.I. Anti-Smut Loyalty Oath" où Zappa fait encore rire le public avec un discours touffu, aidé par les Mothers.
Toujours pas de musique pour "Paladin Routine #1" et enfin un accord de guitare sur "Portuguese Fenders", belle pop instrumentale foisonnante avec un grand solo du maître en prime.
Court intermède façon numéro circassien sur "The Sanzini Brothers" puis un superbe instrumental "Guitar Build ’70". En louchant vers le jazz-rock, appellation que Zappa détestait, le groupe se construit une légende.
Le son reste très seventies avec cet orgue Hammond tremblant à l'arrière.

"Would You Go All The Way ?" fleure bon les sixties avec une grille de rock un peu perturbée par le style Zappa. Le morceau reste très agréable à entendre mais s'arrête brutalement alors que la sauce commençait à prendre. Très ambitieux, "Easy Meat", tranche pop seventies osée, se fera remarquer aussi sur "Tinseltown Rebellion" en 1981. Le titre ronronne allègrement et se construit sur une formule traditionnelle couplet/refrain, couplet/refrain, solo, couplet/refrain et final.

Court intermède parlé sur "Who Did It ?" puis "Turn It Down !", superbe morceau jazz où le clavier dirige l'ensemble. Cet instrumental rappelle les riches heures des bandes-son de l'Inspecteur Harry.
Une petite conversation au bord de la route ("A Chance Encounter In Cincinnati") précède "Pound For A Brown". Ce bel instrumental tiré de "Uncle Meat" met la guitare en avant. L'ambiance jazz puis rock offre un moment intense et riche sans toutefois qu'on ressente à aucun moment le souffle du live. Cette prise est tellement réussie qu'elle semble provenir d'une session studio.
L'excellent et inusable "Sleeping In A Jar" prend le relais, morceau emblématique du moustachu présent sur la quasi-totalité des albums live. Il faut dire aussi que cette jolie chose sucrée fait toujours son petit effet.
Petit intermède solo de clavier sur "Beloit Sword Trick" puis enfin la grosse pièce tant attendue "King Solos Pt. I" soit plus de 15 minutes de soli de toutes natures. En premier, c'est la guitare qui s'y colle, puis un instrument à vent non répertorié (saxo ?). Puis tout le monde lâche l'affaire pour laisser la seule place vacante à la batterie. Enfin, la basse grondante ramène tout le monde au centre du terrain, la guitare reprenant sa position de leader. La vitesse de croisière s'accélère pour la dernière et plus belle salve personnelle de cette jam avec un clavier virevoltant et groovy. Beau final et plongeon vers le petit intermède "Igor’s Boogie" à redécouvrir sur le disque 2 de cet ample coffret. La suite c'est la reprise des hostilités avec "King Solos Pt. II".

L'ouverture se fait avec la guitare de Zappa en mode écorchée vive. Sur une tendance rythm'n'blues, le groupe envoie un instrumental groovy, avant de laisser le dernier mot au clavier, cette fois-ci en mode jazz.
Encore un O.V.N.I avec ce "Gris Gris" sorti d'on ne sait où. Démarrage sur une rythmique tribale sur fond d'incantations. Mais en fait, le titre n'évolue que très peu, et c'est surtout des percus que nous entendrons tout au long de ces presque 9 minutes.

Clôture de ce 4ème CD avec "Paladin Routine #2" la suite de la harangue du début du disque puis la touche finale avec "King Kong - Outro".

Ce coffret se révèle un très bon cru avec des titres, notamment en live, qui valent largement le détour. Le son en reste excellent de bout en bout. Très peu de musique contemporaine au cours de ses 4 CD mais une belle part réservée à la musique aux multiples influences que les fans de Zappa vénère.