Meat Light (2016)



Meat Light frank zappa

(Mix édition vinyle originale de 1969)

Disque 1

1 - Uncle Meat: Main Title Theme 1:56
2 - The Voice Of Cheese 0:26
3 - Nine Types Of Industrial Pollution 6:02
4 - Zolar Czackl 0:54
5 - Dog Breath, In The Year Of The Plague 3:59
6 - The Legend Of The Golden Arches 3:27
7 - Louie Louie (At the Royal Albert Hall in London) 2:18
8 - The Dog Breath Variations 1:50
9 - Sleeping In A Jar 0:50
10 - Our Bizarre Relationship 1:05
11 - The Uncle Meat Variations 4:46
12 - Electric Aunt Jemima 1:46
13 - Prelude To King Kong 3:39
14 - God Bless America (Live at the Whisky A Go Go) 1:10
15 - A Pound For A Brown On The Bus 1:29
16 - Ian Underwood Whips It Out (Live on stage in Copenhagen) 5:09
17 - Mr. Green Genes 3:13
18 - We Can Shoot You 2:03
19 - “If We’d All Been Living In California...” 1:14
20 - The Air 2:57
21 - Project X 4:49
22 - Cruising For Burgers 2:18
23 - King Kong Itself (as played by the Mothers in a studio) 0:51
24 - King Kong (its magnificence as interpreted by Dom DeWild) 1:19
25 - King Kong (as Motorhead explains it) 1:45
26 - King Kong (the Gardner Varieties) 6:14
27 - King Kong (as played by 3 deranged Good Humor Trucks) 0:37
28 - King Kong (live on a flat bed diesel in the middle of a race track at a Miami Pop Festival... the Underwood ramifications) 7:24

(Séquence originelle)

Disque 2

1 - Dog Breath, In The Year Of The Plague 2:55
2 - The Legend Of The Golden Arches 3:16
3 - The Voice Of Cheese 0:26
4 - Whiskey Wah 1:34
5 - Nine Types Of Industrial Pollution 6:03
6 - Louie Louie (Live at the Royal Albert Hall in London) 2:27
7 - The Dog Breath Variations 1:51
8 - Shoot You Percussion Item 1:28
9 - The Whip 5:03
10 - The Uncle Meat Variations 4:47
11 - King Kong 10:46
12 - Project X Minus .5 1:47
13 - A Pound For A Brown On The Bus 1:29
14 - Electric Aunt Jemima 1:46
15 - Prelude To King Kong 3:39
16 - God Bless America (Live at the Whiskey A Go Go) 1:11
17 - Sleeping In A Jar 0:51
18 - Cops & Buns 5:56
19 - Zolar Czakl 0:47

(Séquence originelle, suite : pistes 01-11 - « From the Vault »: pistes 12-32)

Disque 3

1 - We Can Not Shoot You 1:16
2 - Mr. Green Genes 3:13
3 - PooYeahrg 0:32
4 - Uncle Meat : Main Title Theme 1:27
5 - Our Bizarre Relationship 1:10
6 - Later We Can Shoot You 0:15
7 - If We’d All Been Living In California… 1:19
8 - ‘Ere Ian Whips It/JCB Spits It/Motorhead Rips It 2:30
9 - The Air 2:58
10 - Project X .5 2:38
11 - Cruising For Burgers 2:23
12 - A Bunch Of Stuff 1:40
13 - Dog Breath (Single Version - Stereo) 2:55
14 - Tango 0:24
15 - The String Quartet 3:06
16 - Electric Aunt Jemima (Mix Outtake) 1:40
17 - Exercise 4 Variant 4:32
18 - Zolar Czackl (Mix Outtake) 0:45
19 - More Beer ! 0:17
20 - Green Genes Snoop 1:13
21 - Mr. Green Genes (Mix Outtake) 3:11
22 - Echo Pie 2:16
23 - 1/4 Tone Unit 1:06
24 - Sakuji’s March 0:35
25 - No. 4 1:52
26 - Prelude To King Kong (Extended Version) 5:24
27 - Blood Unit 1: 22
28 - My Guitar (Proto I- Excerpt)2:12
29 - Nine Types Of Industrial Pollution (Guitar track, normal speed) 9:53
30 - Uncle Meat (Live at Columbia University 1969) 4:44
31 - Dog Breath (Instrumental) 2:50
32 - The Dog Breath Variations (Mix Outtake) 1:46

Voici encore un projet fou produit en partie en 2016 par la veuve Zappa, Gail. "Meat Light" se propose de décortiquer par le menu une des oeuvres emblématiques du Maître : "Uncle Meat", comme cela avait été fait en 2009 avec "Lumpy Money".
Prise alternative, mix mono ou stéréo, instrumentation modifiée, live, bref, tout ce qui a pu être enregistré autour de ce disque paru en 1969 figure sur ces 3 rondelles totalisant 79 titres et près de 3h30 de musique.

Disque 1 (Mix édition vinyle originale de 1969)

Le vibraphone, instrument important pour Zappa, est déjà mis à l'honneur sur "Uncle Meat: Main Title Theme" puis un clavecin joue une mélodie sombre. Une fuite en avant rappelant le voyage de "2001 Odyssée de l'Espace" cerne le tout avant de donner la parole au Brie. "The Voice Of Cheese", émaillé de quelques grognements de cochon est suivi par une première grande pièce, "Nine Types Of Industrial Pollution". Délayage d'accords guitaristiques sur fond percussif, il semble que l'intro de ce morceau en constitue l'essentiel. Plutôt à classer dans le free-jazz, cet instrumental séduit tout de même par la qualité de son interprétation. Interlude bruitiste avec "Zolar Czackl" puis "Dog Breath, In The Year Of The Plague" la plus intéressante de ces 5 premières plages. La musique distille une ambiance particulière, baroque, mystérieuse. Joli titre qui reste captivant jusqu'au bout. Jazz baroque hypnotisant, "The Legend Of The Golden Arches" utilise la clarinette pour nous dérouter. Le clavecin et les cordes s'entremêlent ensuite pour parcourir les allées d'un cimetière en noir et blanc peuplé de statues écaillées. Son ultra saturé pour "Louie Louie" capté en live. En fait le titre ne démarrera jamais, empêché par les blagues de Zappa et les interventions des musiciens.

Guitare sèche, vibraphone, l'instrumental "The Dog Breath Variations" illustre parfaitement le concept de folk contemporain. Court "Sleeping In A Jar" suivi du non moins court monologue "Our Bizarre Relationship", ponctué par un éclat de rire. Belles évolutions claviériste, ce "The Uncle Meat Variations" surfe sur une vague classique avec notamment la présence d'un simili-clavecin omniprésent. Entre générique de "Peur sur la Ville" et final pop pré-seventies, ce titre se révèle intéressant de bout en bout. Petite ritournelle fifties romantique avec "Electric Aunt Jemima" puis exercice free-jazz cuivré. La basse tourne comme une folle sur "Prelude To King Kong" supportant le poids de saxophones en furie comme un bouquet de feu orange en perpétuelle explosion. Joli moment précipité. "God Bless America" court et sans importance puis un autre titre de moins de deux minutes, "A Pound For A Brown On The Bus" avec clarinette en liberté.

Sur "Ian Underwood Whips It Out" le saxophone du susnommé part en vrille. Jazz en liberté, percussions en support et final sifflant. Ballade langoureuse très sixties avec "Mr. Green Genes" chanté de façon moelleuse et qui repose bien les esprits. "We Can Shoot You", à nouveau baroque avec cuivres et bois nichés dans les arbres puis un court intermède parlé, "“If We’d All Been Living In California...”". Une petit bluette fifties avec "The Air" typique avec choeurs façon "The Platters" conforme à l'idée que l'on pouvait se faire de la chose dans ces années-là. Retour à la musique contemporaine en demi-teinte. Sur un bel accord de guitare classique façon Pink Floyd époque "Wish You Were Here", Zappa tisse un tapis où le vibraphone, les bois, viennent raconter une histoire faite de bric et de broc mais aussi de blips et de blops.

Joli ritournelle sage et propre sur elle avec "Cruising For Burgers" avant d'attaquer le sommet de ce premier opus. Belle intro prometteuse et lumineuse de moins d'une minute avec "King Kong Itself " puis une seconde partie à peine plus longue "King Kong (its magnificence as interpreted by Dom DeWild)" où la mise en mouvement s'effectue. Après une explosion, les cuivres rutilent sur "King Kong (as Motorhead explains it)" puis embraye sur un jazz rapide et touffu. Le "Motorhead" du titre fait référence à Jim Sherwood dont "Motorhead" est le surnom. Rien à voir donc avec le trio infernal de Lemmy Kilmister qui de toutes façons n'existait pas à l'époque.

Vif, alerte, "King Kong (the Gardner Varieties)" pédale vite dans un jazz tourbillonnant. Guitare, basse et batterie mènent un train d'enfer où voyagent une clarinette en mode saturé. Joli moment libératoire qui se poursuit sur "King Kong (as played by 3 deranged Good Humor Trucks)" comme le dit le titre, "dérangé par la bonne humeur de 3 camions".

Dernière pièce de ce premier opus, "King Kong (live on a flat bed diesel in the middle of a race track at a Miami Pop Festival... the Underwood ramifications)" passe son nom à rallonge au travers de plus de 7 minutes de musique. Ian Underwood, credité dans le titre assure les parties de saxophone. Tout au long du disque, il a aussi pris en charge : le flûte, l'orgue, le piano, le clavecin et la clarinette.

La suite "King Kong" se retrouve sur beaucoup d'autres enregistrements live du moustachu. "Hammersmith Odeon", "The Road Tapes Venue n°1", "Roxy By Proxy" pour n'en citer que quelques-uns.

Passons maintenant au second opus de ce triptyque.

Disque 2 (Séquence originelle)

Extrait de "Just Another Band From LA", "Dog Breath" rallongée en "Dog Breath, In The Year Of The Plague" est une jolie chanson pop qui part en vrille avec des périodes d'accélération en final. En revanche, "The Legend Of The Golden Arches" renoue avec le baroque avec un titre instrumental dirigé par une clarinette volontairement à côté de la plaque mais sauvée par un clavecin en final. Nous retrouvons avec plaisir, "The Voice Of Cheese" qui comme d'habitude retourne chez sa mère à la fin. Puis un instrumental rock et lourd, "Whiskey Wah" conclue cette série de "petits morceaux".

Rythmique compliquée, guitare libre comme jamais, free jazz jusqu'au bout des frettes, "Nine Types Of Industrial Pollution" creuse un sillon minutieux, au désordre apparent mais trompeur. Incursion sur scène avec "Louie Louie (Live at the Royal Albert Hall in London)" avec un son hyper saturé et toujours les bonnes vieilles blagues de Tonton Zappa.
"The Dog Breath Variations" réinvente le sens de la balade folk. A l'aide d'une guitare scintillante et d'un vibraphone, ce court titre de moins de deux minutes offre une échappatoire vers un moment de grâce tout en suspension. Percussions dans l'espace intersidéral avec "Shoot You Percussion Item" puis "The Whip" pour un long solo pop/rock avec une guitare pré-seventies aventureuse comme il se doit. La fin n'évite pas quelques tics psychédéliques inhérents à l'époque. Joli amoncellement d'instruments sur "The Uncle Meat Variations", clarinettes, clavecin, survolés un peu plus tard de choeurs aériens mais heureusement toujours crétins. Le final vire pop et met l'accent sur une guitare digne de Woodstock.

Grand moment jazz du disque, "King Kong" convoque l'ensemble des instruments pour un long voyage de près de 11 minutes dans un pays dans lequel se rendra King Crimson quelques années plus tard. Rythmique soutenue sur laquelle, saxophone, claviers divers, guitares et bois viennent se greffer tout naturellement. "King Kong" reste le morceau fétiche de Zappa, que l'on retrouvera sur de nombreux albums live. Une guitare légère précède le vibraphone sur "Project X Minus .5". Le folk fait place à la musique concrète puis s'arrête juste sur la ligne de fin. Petite bluette jouée au bois, "A Pound For A Brown On The Bus" qui se termine par un mot unique "Fade" (qui s'estompe).
Purement fifties, "Electric Aunt Jemima" avec doo-woop intégré, puis "Prelude To King Kong" prend une vélocité jazz avec saxophone en tête. Pendant que la rythmique basse/batterie tricote derrière, les cuivres s'étalent comme des serviettes à la plage, rutilant de mille feux sous le soleil.

Un tout petit "God Bless America (Live at the Whiskey A Go Go)" joué au kazoo et en live puis encore un petit bout de quelque chose, genre chanson de cocktail avec "Sleeping In A Jar". Sur fond de clébard aboyant au début, une discussion animée s'engage sur "Cops & Buns". Près de 6 minutes d'une conversation qui se finit aimablement. Pour terminer, un très court "Zolar Czakl", histoire de brouiller les pistes.

Attaquons maintenant le troisième et dernier opus.

Disque 3 (Séquence originelle, suite : pistes 01-11 - « From the Vault »: pistes 12-32)

Démarrons avec du bien bizarre sur le tordu "We Can Not Shoot You" où nous devons subir le mauvais caractère d'une flûte énervée. "Mr. Green Genes" reste très classique dans sa facture. Balade fifties langoureuse et précieuse qui touche son but. Vocalises et rires déments sur "PooYeahrg" puis du clavecin en solo avec "Uncle Meat : Main Title Theme", martial mais fin comme du chocolat d'excellente qualité.

Un petit discours d'une jeune fille fait bien rire notre Zappa sur "Our Bizarre Relationship" et 15 secondes d'un "Later We Can Shoot You" minimaliste et baroque. Encore une discussion animée sur "If We’d All Been Living In California…" puis monologue ponctué de "slurp" sur "'Ere Ian Whips It/JCB Spits It/Motorhead Rips It". Enfin la musique reprend sur "The Air" pour illustrer des fifties définitivement perdues. Retour en terre baroque avec "Project X .5", mélange de musique aléatoire et de bruitages accolés. Retrouvons ensuite "Cruising For Burgers" folk un peu baroque mais d'une beauté toute surnaturelle. Zappa a le chic pour vous orienter sur de fausses pistes avant de vous mettre sur une nouvelle route. "Cruising For Burgers" est fait de ce bois-là. "A Bunch Of Stuff" texte dit d'une voix d'outre-tombe puis, "Dog Breath" en version single, ce qui ne change pas grand-chose à l'affaire. On y retrouve ce délicieux mélange de pop et de symboles sixties.

Courte aparté de bois avec "Tango" puis "The String Quartet" dans un autre mélange jazz et baroque. Une autre prise mixée différamment de "Electric Aunt Jemima" puis quelque chose d'inédit. "Exercise 4 Variant" offre quelques variations sur un même thème. Clavecins, vibraphone, bois caverneux détricotent une mélodie parfois difficile à suivre, comme un menuet un peu menaçant. La bluette métallique "Zolar Czackl" remixée pour l'occasion de ce triptyque est suivie de "More Beer !", demande avec laquelle nous sommes tous d'accord. Quelques petits essais de sons sur "Green Genes Snoop", puis le morceau dans son intégralité sur "Mr. Green Genes", plus scolaire et plus plat que celui qui fut gravé sur "Uncle Meat". Bribes de conversation sur "Echo Pie" puis une clarinette baroque sur le court "1/4 Tone Unit". Ensuite nous avons droit à quelques notes de vibraphone sur "Sakuji’s March" et encore du baroque sous forme d'un piano très énervé ("No. 4").
Théâtre de folie et de toutes les extravagances, "Prelude To King Kong" existe aussi en version étendue. Les cuivres et les bois s'en donnent toujours à coeur joie, dans un maelstrom bruitiste et déjanté. Une guitare aux sonorités "Pulp Fiction" prend le relais et termine le titre dans une ambiance plus apaisée. Un générique de péplum "Blood Unit" nous fait passer un peu plus d'une minute dans l'Antiquité puis "My Guitar (Proto I- Excerpt)", un instrumental pop emmené par une guitare saturée comme en 1968.
Un long exercice ensuite porté par la guitare acoustique. "Nine Types Of Industrial Pollution" débute avec des accords espacés. Puis elle passe en solo façon blues et rock. Ce long parcours en solitaire est un pur plaisir qui permet d'apprécier la technique du musicien, quel qu'il soit.

Sur scène, Zappa fait l'intro de "Uncle Meat" devant un parterre hilare, suite à ladite intro. L'enregistrement datant de 1969 bénéficie d'un son superbe.
"Dog Breath" en version instrumental cultive un esprit sixties bienvenu et on finit avec un peu moins de 2 minutes de "Dog Breath" dans une version arrangée autrement.

Quelle somme, rien à redire de ce côté-là. Attention tout de même à ce que l'ennui ne pointe pas à la réécoute de certains titres qui figurent parfois en 3 exemplaires. Encore une fois, les fans adoreront et garderons cet objet comme un collector. Et les autres ...