Joe's Garage (1979)

Joe's garage frank zappa

Acte 1

1 - Central Scrutinizer 3:28
2 - Joe's Garage 6:10
3 - Catholic Girls 4:26
4 - Crew Slut 6:31
5 - Fembot in a Wet T-Shirt 4:45
6 - On the Bus 4:31
7 - Why Does It Hurt When I Pee ? 2:35

Acte 2

1 - A Token of My Extreme 3:27
2 - Stick It Out 4:34
3 - Sy Borg 8:56
4 - Dong Work for Yuda 5:03
5 - Keep It Greasey 8:22
6 - A Little Green Rosetta 8:06

Acte 3

1 - He Used to Cut the Grass 8:35
2 - Packard Goose 11:04
3 - Watermelon in Easter Hay 9:05
4 - Dong Work for Yuda 5:03

Attelons-nous maintenant à un monument de la discographie de Zappa, "Joe's Garage" paru en 1979. Véritable opéra-rock et définit comme tel, "Joe's Garage" comporte trois actes répartis sur un double vinyle ou un double cd avec un total de près de deux heures de musique.

L'ambition affichée de Zappa en 1979 avec l'accouchement de ce 27ème album (en 13 ans d'activité), est de faire un tour d'horizon assez complet des styles musicaux de la décennie qui vient de s'écouler. Ainsi, rock et pop vont côtoyer reggae ou disco mis en lumière au travers d'une vingtaine de titres.

L'histoire de Joe est installée dans un monde façon 1984 de Georges Orwell, où la musique est devenue interdite. Un fil conducteur nous prend par la main tout au long du tryptique. Il s'agit du "Central Scrutinizer", une voix off incarnation de Big Brother.

Acte I

La première chanson "Central Scrutinizer" est une introduction à l'histoire développée dans "Joe's Garage". Nous y apprendrons que le disque que nous écoutons est un témoignage qui va nous expliquer ce qui arrive à ceux qui osent faire de la musique dès lors que celle-ci est interdite.

Joe explique qu'il répète avec son groupe dans son garage mais que des voisins ont alerté la police. Cette dernière conseille à Joe de trouver un autre dérivatif, comme la religion par exemple. La chanson se joue sur le délire de la conversation sur fond de rock fifties gentillet.

"Catholic Girls" continue sur la même vague humoristique avec des options jazz et doo-woop toujours agréables à l'oreille. "Crew Slut", un blues-rock avec harmonica à la clé, tourne autour d'un thème en jouant avec les arrangements très riches de ce disque à la musique un peu linéaire mais sompteusement emballée.

Un des meilleurs titres de ce premier acte "Fembot in a Wet T-Shirt", un brin disco et qui donne l'occasion d'apprécier toute la palette sonore de ce disque qui, rétrospectivement, est une véritable tuerie en terme de son.

Ambiance latine et jazz-rock avec "On the Bus", une longue litanie guitaristique avec Zappa en tête d'affiche et une intervention du Central Scrutinizer puis "Why Does It Hurt When I Pee ?" risque le tout pour le tout dans la continuité en posant des paroles sur un court morceau en forme de conclusion rock de ce qui précède, avec un final lyrique et lourd.

Le reggae chaud et humide de "Lucille Has Messed My Mind Up" est suivi de "Scrutinizer Postlude" qui referme ce premier acte avec un discours chuchoté que nous connaissons bien maintenant.

Acte II

Le début de l'acte 2 emmène Joe dans une église qui ressemble de très près à celle de la scientologie puisqu'elle est dirigée par ...L. Ron Hoover. C'est le sens de la chanson "A Token of My Extreme", sorte de pop lente et chaotique. Conseil lui est donné de se rendre dans une boite de nuit où il va pouvoir donner libre cours à son envie du moment, danser avec des machines (Stick It Out). La chanson est enlevée et peut inciter (mais c'est pas obligé) de sacrifier à l'appel du trémoussage de popotin.

"Sy Borg" reprend la thématique reggae en l'étirant sur près de 9 minutes. C'est aussi le nom du robot que Joe rencontre en boite de nuit et qu'il suivra jusqu'à son appartement. Le titre prend son temps et s'égare dans des dissolutions guitaristiques spatiales.

Après que le central Scrutinizer nous ait chuchoté deux trois trucs, "Dong Work for Yuda" arrive, un rock fifties moyen avec des accents gospels et son lot obligatoire de doo-woop. Très mouvementé, "Keep It Greasey" accroche l'oreille direct avec un exercice blues et rythm'n blues qui vire jazz-rock et qui est censé raconter les déboires homosexuels de Joe quand il est en prison. "Outside Now" se brûle les ailes sur de la musique contemporaine mixée à l'oriental et bordélique à souhait.

Acte III

On reste dans la même dynamique jazz-rock avec "He Used to Cut the Grass" un instrumental où Zappa tire le maximum de sa six-cordes dans un long solo aérien, parfois troublé par des interventions du Central Scrutinizer, "Packard Goose" mélange allègrement rock et jazz-rock en hachurant la partoche de piques guitaristiques saignantes. La longue partie solo qui constitue les trois-quarts du morceau illustre la folie à laquelle Joe se laisse volontiers aller. La fin du morceau, plus enjouée, l'éveille d'un long cauchemar.

Lent et moelleux, "Watermelon in Easter Hay" s'étire en un long blues spatial, habité au milieu par un solo de Zappa qui ne l'est pas moins. 9 minutes de rêve pendant lesquelles Joe se rend compte que sa musique ne résonne que dans sa tête.

Pour finir cet utime acte des aventures de la vie de Joe, "A Little Green Rosetta" ambitionne un morceau pour dire au revoir, où l'on verrait très bien un générique défilé au son d'une collégiale reprise en choeur par tous.

De la bel ouvrage, maîtrisé au cordeau et qui reste une des plus grandes productions de Zappa.
L'oeuvre est conséquente (pas loin de deux heures tout de même) mais collectionne de beaux moments qui méritent qu'on s'y attarde.