Carnegie Hall (2011)

Carnegie Hall Frank Zappa

1 - Hello (To FOH)/Ready ?! (To the band) 1:03
2 - Call any Vegetable 10:36
3 - Anyway the Wind Blows 3:59
4 - Magdalena 6:08
5 - Dog Breath 5:44
6 - Peaches en regalia 4:04
7 - Tears Began To Fall 2:31
8 - Shove It Right In 6:31
9 - King Kong 30:25
10 - 200 Motels Final 3:41
11 - Who are the Brain Police ? 7:07
12 - Auspicious Occasion 2:45
13 - Divan : Once upon a time 5:40
14 - Divan : Sofa #1 3:11
15 - Divan : Magic Pig 1:43
16 - Divan : Stick it Out 4:54
17 - Divan : Divan Ends Here 4:17
18 - Pound for a Brown 6:03
19 - Sleeping in a Jar 2:46
20 - Wonderful Wino 5:45
21 - Sharleena 4:51
22 - Cruising for Burgers 3:15
23 - Billy the Mountain : Part I 28:19
24 - Billy the Mountain : Part II "The Carnegie Solos" 13:30
25 - Billy the Mountain : Part III 5:37
26 - The $600 Mud Shark Prelude 1:26
27 - The Mud Shark 13:34


Encore un live exhumé de la malle au trésor Zappa ("The Vault").
Celui-ci retrace un concert donné au Carnegie Hall en 1971. Chronologiquement parlant, cette captation a été prise à la suite des concerts immortalisés sur "Fillmore east 1971" et "Just Another Band From LA". Toutefois, il ne s'agit pas d'un énième live du grand moustachu parmi tant d'autres.
Celui-ci possède quelque chose de spécial.
Il n'a pas été retravaillé en studio et surtout, Zappa ni a effectué ni collage ni overdub. Il s'agit donc d'une version de ce concert brut de fonderie qui nous est offert.

Ouverture avec un "Hello" modeste avant de bifurquer vers un morceau d'ampleur d'entrée de jeu.
Sorti de "Absolutely Free", "Call any Vegetable" démarre en trombe dans une folie pop psychédélique. Le morceau original ne durant que 2 minutes 20, cette version live s'oblige à l'étirement en allongeant le truc jusqu'à plus de 10 minutes. Entre jolie cavalcade pop et instants figés, ce titre donne le ton d'un rendu de concert avec un son dans son jus. Ambiance plus rock avec ce "Anyway the Wind Blows" en mode ballade reprise de "Freak Out", sans histoire mais sans surprise non plus.

"Magdalena" démarre en trombe chantée d'une voix haut perchée par Howard Kaylan. Tour à tour très rapide ou se reposant sur ses lauriers, la chanson comporte énormément de texte débité à la vitesse de l'éclair. Un peu étourdissant, voire monotone, ce titre est suivi par "Dog Breath" issu de "Uncle Meat". Aussi solaire qu'un morceau de Santana, cette chanson alterne les moments de grâce et les cavalcades épiques pour un très joli moment de musique.

En provenance directe de "Hot Rats", "Peaches en regalia" profite du vent dans le dos apporté par le titre précédent pour déployer ses ailes. Le clavier prédomine et apporte une jolie touche pop aux reflets rétro. Un instrumental reposant.
"Tears Began To Fall", que l'on retrouve par ailleurs aussi sur "Fillmore east 1971" est une pépite pop de l'époque, sans prétention mais qui atteint son but. Difficile de trouver des morceaux légers comme celui-là dans la discographie du Zappa.

Un peu longuet, "Shove it right", que l'on retrouve aussi sur "You Can't Do That on Stage Anymore, Vol. 6" a des airs de comédie musicale, où le chant accompagne la musique de manière omniprésente. A noter, la partie vocale finale particulièrement à côté de la plaque.

Mais le gros morceau de cette rondelle live est attendu juste après. Du haut de sa belle demi-heure, "King Kong" fait son entrée de manière magistrale.
Mais est-il encore nécessaire de présenter ce monument du répertoire Zappa disponible entre autre sur "The Road Tapes Venue 1", "Roxy by Proxy" ou encore "The Road Tapes Venue 3" pour n'en citer que quelques-uns récents.
Depuis sa première apparition sur "Uncle Meat", en 1969, le titre a eu le temps de s'éparpiller sur différents opus live.

Après un démarrage grandiloquent, le titre trouve son itinéraire. Tour à tour bruistite ou expérimental, ce long instrumental affiche aussi des jolies plages fomentées par le clavier, la guitare et autres instruments mélodiques en présence. Dans un pur esprit jazz, "King Kong" donne la parole à chacun pour de longs monologues parfois éreintants (solo de batterie de plusieurs minutes...). L'ensemble reste tout de même très digeste et n'est pas comparable à une quelconque master-class.

Si le démarrage de "200 Motels Final" s'avère difficile, le reste est à la hauteur de l'attente avec un rythm'n'blues des familles qui groove comme à la belle époque. Suit "Who are the Brain Police ?" plutôt dans le registre rock à retrouver d'origine sur le premier Zappa "Freak Out". Le morceau passe de 3 minutes 22 à plus de 7 minutes sous l'impulsion de la scène. Après le final original, le groupe étire la conclusion sur plusieurs minutes histoire de ne pas nous lâcher comme çà.

Un discours de moins de 3 minutes par Zappa himself ("Auspicious Occasion") précède la première partie d'un titre en 5 mouvements. Nous commencerons par "Divan : Once upon a time". A peine soutenu par une rythmique lente, les voix de Zappa et d'autres s'entrecroisent sur une musique d'un minimalisme confondant. Cette intro un peu longue est suivie de "Divan : Sofa #1" en mode déconnade avancée. Choeurs crétins (mais professionnels), chantés en allemand. Puis c'est la troisième partie,"Divan : Magic Pig" toujours décliné en allemand mais parfois en anglais aussi. L'intérêt pour la chose décline, l'ensemble ne soulevant pas un enthousiasme délirant. Plus mouvementée, la quatrième partie "Divan : Stick it Out" apporte enfin quelque chose à ce moulin jusqu'ici tournant à vide. De confession soul, cette chanson disponible également sur "Joe's Garage" fait passer le temps plus vite. Elle s'arrête net pour laisser sa place au dernier mouvement : "Divan : Divan Ends Here". Très dépouillé, ce final lugubre se contente de quelques voix et de quelques accords de claviers accompagnés de fantomatiques percussions. Ce pentaptyque sonore se démarque du reste mais a du mal à convaincre néanmoins.

Bel instrumental parfois aérien, "Pound for a Brown" distille ses notes une à une à l'aide d'une guitare totalement libérée de ses entraves. L'ensemble évoque aussi bien (encore) Santana qu'un groupe de jazz-rock de l'époque pour le côté aventureux. Comme pour la majorité des instrumentaux, celui-ci s'épaissit sur la fin dans une belle apothéose.

Très jolie version du "Sleeping in a Jar", disponible sur de multiples live du bonhomme puis sans transition, le groupe attaque "Wonderful Wino". Rock lourd, estampillé seventies, que l'on retrouvera plus tard sur "Zoot Allures".
Le prétexte est aussi de délivrer un tortueux solo de guitare tout de pédale wah-wah revêtu.
Puis on bascule presque sans prévenir sur "Sharleena", grand classique à écouter d'origine sur "Chunga's Revenge". Le morceau en live est à la hauteur de nos espérances avec un beau final mouvementé qui donne envie de taper des mains comme un gospel moyen.
Avec une belle scission soul, on passe sur "Cruising for Burgers" dans une version rallongée d'une minute par rapport à celle "Uncle Meat", notamment grâce à la trentaine de secondes d'applaudissements qui termine le morceau.

S'ensuit la très grosse pièce en trois parties "Billy the Mountain" dont la première culmine à plus de 28 minutes. Un peu de dialogue avec le public et quelques conseils prodigués par maitre Zappa prennent déjà une bonne minute.
Grande pièce théâtrale et contemporaine, "Billy the Mountain" se partage entre courts moments musicaux et textes déclamés ou murmurés selon l'humeur. Difficile de capter l'attention surtout quand les images manquent.
On décroche facilement sur la longueur...
Deuxième partie plus courte (tout de même plus de 13 minutes) "The Carnegie Solos", qui comme son nom l'indique est réservée aux démos individuelles. C'est le clavier qui s'y colle en premier. Pas toujours très juste, avec un son crispant pour l'auditeur, cette intro n'est pas du meilleur cru. Côté rythmique, nous avons droit à l'alternance de deux accords pour que chacun puisse y déposer simplement un solo. Le saxophone prend la relève de la guitare dans une ambiance free-jazz. La batterie reste seule au début de la 9ème minute pour son intervention personnelle, puis la guitare termine l'affaire avec un son plutôt doux et tout en retenue. La dernière partie semble vouloir gagner des hauteurs insoupçonnées. Mais le côté théâtral vu dans les parties précédentes balayent l'intro aérienne d'un revers de clavier. Prévu pour 5 minutes et demi, le morceau s'arrête en fait à 4 minutes 16 pour laisser sa place aux applaudissements nourris.

Enfin, Zappa introduit le dernier morceau sur "The $600 Mud Shark Prelude". On entend la guitare se réaccorder puis "The Mud Shark" démarre. La longue litanie du début soutenue par une très légère rythmique dure au delà du raisonnable. Quand, à la 7ème minute, le flot de paroles se tarit, c'est une soul tout ce qu'il y a de plus basique qui prend le relais. Le morceau se finit en restant toujours sur le même accord.

Les pièces les plus courtes restent les plus intéressantes. Des moments de gloire ("Dog Breath", "Pound for a Brown"...) côtoient des périodes où l'ennui s'installe.

Un live de plus dans lequel chacun pourra constituer son petit best-of personnel.