You Can't Do That on Stage Anymore, Vol. 5 (1992)



You Can't Do That on Stage Anymore vol 5 frank zappa

Disque 1

1 - The Downtown Talent Scout 4:01
2 - Charles Ives 4:37
3 - Here Lies Love 2:44
4 - Piano/Drum Duet 1:57
5 - Mozart Ballet 4:04
6 - Chocolate Halvah 3:26
7 - JCB & Kansas on the Bus #1 1:02
8 - Run Home Slow: Main Title Theme 1:17
9 - The Little March 1:21
10 - Right There 5:08
11 - Where Is Johnny Velvet ? 0:49
12 - Return of the Hunch-Back Duke 1:44
13 - Trouble Every Day 4:06
14 - Proto-Minimalism 1:39
15 - JCB & Kansas on the Bus #2 1:08
16 - My Head ? 1:22
17 - Meow 1:23
18 - Baked-Bean Boogie 3:26
19 - Where's Our Equipment ? 2:29
20 - FZ/JCB Drum Duet 4:26
21 - No Waiting for the Peanuts to Dissolve 4:45
22 - A Game of Cards 0:44
23 - Underground Freak-Out Music 3:51
24 - German Lunch 6:42
25 - My Guitar Wants to Kill Your Mama 2:11

Disque 2

1 - Easy Meat 7:39
2 - The Dead Girls of London 2:28
3 - Shall We Take Ourselves Seriously ? 1:44
4 - What's New in Baltimore ? 5:03
5 - Moggio 2:29
6 - Dancin' Fool 3:12
7 - RDNZL 7:58
8 - Advance Romance 7:01
9 - City of Tiny Lites 10:38
10 - A Pound for a Brown on the Bus 8:38
11 - Doreen 1:58
12 - Black Page, No. 2 9:56
13 - Geneva Farewell 1:25

Voici donc la cinquième et avant-dernière livraison de la collection "You Can't Do That on Stage Anymore" avec le volume 5 qui parait en 1992. Sur les autres opus de cette série, Zappa avait savamment mélangé les époques et les genres. Sur ce volume, il partage sciemment deux moments de sa carrière qui sont peut-être les plus marquants pour lui.

Sur le premier disque, 25 morceaux compris dans la fenêtre temporelle 1965/1969. La seconde galette est moins étoffée avec 13 titres enregistrés en 1982 pendant une tournée. Belle somme de près de 2h30, ce cinquième volume est disséqué en suivant.

Estampillé et garanti pur sixties, "The Downtown Talent Scout" affiche un son approximatif pour un rythmn'blues lent et monolithique, comme un vieux titre des Rolling Stones. Très timide, "Charles Ives" arrive sur une seule trompette tremblotante. Minimaliste, le titre se réveille à mi-parcours sur des percussions tribales. Un joli petit jazz bien enfumé, "Here Lies Love", nous fait basculer dans un autre monde. Ce "You Can't Do That on Stage Anymore, Vol. 5" s'annonce donc de façon très éclectique.

Petit bordel fortement applaudi en final, le court "Piano/Drum Duet" ressemble à s'y méprendre au contenu d'une armoire de vaisselle se répandant sur le sol. Passons au classique avec du Mozart repris sur "Mozart Ballet" qui provoque des salves de rires dans la salle. La pièce classique est conforme à l'original et déroule son tapis de notes au piano avec sérieux malgré les imitations du cochon qui se font derrière. On glisse rapidement sur "Chocolate Halvah" d'inspiration orientale, prétexte à quelques élucubrations sonores.

Une petite chanson improvisée dans le Tour Bus, "JCB & Kansas on the Bus #1" précède "Run Home Slow: Main Title Theme", générique de série policière des années 70. La fanfare fatiguée de "The Little March" termine ce petit triptyque de morceaux courts.

"Right There" est un forcené bruitiste rempli de rires inextinguibles, de ronflements de cuivres et de bruits outrageants en tous genres. Cinq minutes et huit secondes un peu longues tout de même. Préchauffage d'une chanson sur "Where Is Johnny Velvet ?" puis "Return of the Hunch-Back Duke" une cavalcade de cuivres et de bois en introduction de "Trouble Every Day"qui opère un retour en terre connue de la pop et du rock. Repassons ensuite à un nouveau lot de morceaux courts, un peu comme des échantillons sonores offerts. "Proto-Minimalism" tout en percussions ouvre le bal suivi de "JCB & Kansas on the Bus #2", captation de l'ambiance dans le bus de tournée. Arrive ensuite "My Head ?" avec quelques rires, discussions et gloussements puis encore "Meow" en mode glauque.
"Baked-Bean Boogie" ressemble à une jam en attendant quelque chose. Cet instrumental rock affiche aussi des cuivres fatigués qui tonitruent en fin de mission. C'est la saison des amours pour les saxophones. Ceux-ci se font la cour sur "Where's Our Equipment ?" dans un chassé-croisé sulfureux. "FZ/JCB Drum Duet" consiste à se défier à la batterie. Personne ne gagne sur ce terrain pourtant toujours en parfait équilibre rythmique. Avec un son approximatif et lointain (pourri en fait...) "No Waiting for the Peanuts to Dissolve" tente une manoeuvre rock pour nous amadouer. Cet instrumental monotone évoque de la musique d'attente au téléphone, de celle qui libère la pensée et lui permet de vagabonder.

Une petite discussion courtoise, un pet bucal et quelques "blips" constituent le très court "A Game of Cards" suivi de la tonitruante pop de " Underground Freak-Out Music", bien dans l'esprit de fin de sixties. Après une discussion forcément un peu longuette (près de 7 minutes) pour celui qui voulait plutôt écouter de la musique, "German Lunch", le dernier titre de la première galette s'annonce : "My Guitar Wants to Kill Your Mama" referme cette première partie sur une note très Beatles.

Ce second volume débute avec le très efficace "Easy Meat" progressif en diable. Les sous-couches se multiplient et les ambiances varient plus à la manière d'un Steven Wilson d'aujourd'hui que d'un Genesis d'hier. Une grande plage instrumentale amène des horizons différents. Superbe morceau à suivre comme un film. Plus efficace et plus ramassé, "The Dead Girls of London" met en place un riff de guitare catchy jusqu'à une fin tronquée où l'urgence de rendre l'antenne se fait sentir.

Poursuivons avec le court "Shall We Take Ourselves Seriously ?" en mode Broadway façon "La Croisière s'amuse" puis "What's New in Baltimore ?" très agréable à entendre après sa longue intro. Jazz rock enjoué et électronique "Moggio" s'illumine comme une guirlande de Noël sur une partition très serrée, un peu à la manière d'un King Crimson sous pression. Pour détendre, "Dancin' Fool" aligne une petite chanson façon générique TV des années 80. Cette petite chose contient pourtant plein d'éléments séduisants, du jazz au rock en passant par l'électro.
Immense solo déroulé "RDNZL " aborde plusieurs thèmes jazz rock dans une débauche de technicité éprouvée. Le blues de "Advance Romance" se traine dans sa propre sueur, encouragé par les interventions de l'harmonica. La guitare prend le relais dans un solo épicurien.

"City of Tiny Lites" démarre sur une pop énervée. L'ambiance devenue rythm'n blues se calme sur un solo de guitare à la rythmique reggae. Le chant reprend peu avant un final attendu mais qui ne se fait pas. On se contente de glisser sur "A Pound for a Brown on the Bus", un instrumental pop rock joliment tourné. Des essais cliniques sont effectués pendant ce voyage de près de 9 minutes. On en ressort avec de nouvelles perspectives plein la musette. Ambiance soul de sitcom pour "Doreen" en mode courte durée puis à nouveau un grand titre de près de 10 minutes. "Black Page, No. 2" est un long processus jazz-rock. Chaque instrument y semble indépendant, jouant une partition que les autres ne connaissent pas. Fouillis, inextricable et foisonnant, ce long morceau conclue l'affaire en laissant la parole au court "Geneva Farewell", où les cris du public s'éloignent peu à peu.

Affaire brillante s'il en est, avec des très bons moments dans cet opus 5 de "You Can't Do That on Stage Anymore". Le choc des deux époques, les sixties et les eighties sont aussi agréables à suivre l'une que l'autre. Reste à découvrir le dernier de la série, puis à retourner vaquer à nos occupations de pauvres mortels.