You Are What You Is (1981)



You Are What You Is frank zappa
1 - Teen-Age Wind 3:02 | 2 - Harder Than Your Husband It 2:28 | 3 - Doreen 4:44 | 4 - Goblin Girl 4:06
5 - Theme from the 3rd Movement of Sinister Footwear 3:35 | 6 - Society Pages 2:26 | 7 - I'm a Beautiful Guy 1:56
8 - Beauty Knows No Pain 3:01 | 9 - Charlie's Enormous Mouth 3:36 | 10 - Any Downers ? 2:08 | 11 - Conehead 4:28
12 - You Are What You Is 4:23 | 13 - Mudd Club 3:10 | 14 - Meek Shall Inherit Nothing 3:10 | 15 - Dumb All Over 6:14
16 - Heavenly Bank Account 4:02 | 17 - Suicide Chump 2:49 | 18 - Jumbo Go Away 3:43 | 19 - If Only She Woulda 3:47
20 - Drafted Again 3:07


Frank Zappa est rappelé à l'ordre par sa maison de disque CBS. Le triple album Shut Up 'n Play Yer Guitar (1981) ayant coûté un bras, il faut d'urgence sortir quelque chose de beaucoup plus facile d'accès, de plus conventionnel. Zappa va pouvoir utiliser son studio, qu'il vient de faire aménager dans le sous-sol de sa maison. Quatre mois après le triptyque "Shut Up'n Play Yer Guitar" parait donc "You Are What You Is".

Pour illustrer l'album sur MTV, un clip sera même mis en chantier. C'est la chanson-titre du disque "You Are What You Is" qui sera mis en images. Dans ce clip, Zappa est aussi corrosif que dans ses textes. Il y joue lui-même et électrocute un sosie de Ronald Reagan récemment élu sur une chaise électrique. Le clip ne fera pas long feu et sera retiré vite fait bien fait de la chaine MTV.

Pas de gravité dans ce disque mais un ton léger et presque fleuri qui tranche avec les dernières productions du moustachu.

"Teen-Age Wind" fleure bon les années 80 avec une mélodie qui parodie le générique d'une série de l'époque, l'inventivité en plus. "Harder Than Your Husband" mixe le générique de, au hasard, "Shérif fais moi peur", "Arnold et Willy" et "Madame est servie" dans une même bonhomie communicative. "Doreen" à l'air de vouloir commencer comme le générique de Dallas, mais la suite fait mentir cette première impression avec un virage rock impressionnant qui laisse cette première sensation sur le bas-côté. La fin du morceau reste bloquée sur un solo de guitare interminable mais nécessaire à la survie de l'espèce. Retour à une ambiance sixties avec "Goblin Girl" qui sautille élégamment sur deux accords puis on passe à "Theme from the 3rd Movement of Sinister Footwear", un jazz-rock touffu rempli de cliquetis divers, doux massage de tympans. "Society Pages" est très agréable aussi, avec cette pop nerveuse joliment colorée. "I'm a Beautiful Guy" passe en mode Hollywood avec un numéro musical court mais incluant plusieurs tendances.

"Beauty Knows No Pain" est joliment amené par un riff de guitare acéré mais n'échappe pas aux règles de l'ironie musicale édictées par maître Zappa. Foisonnant d'idées, le titre est traversé par des moments doo-woop et jazzy plutôt agréables et qui poursuivent le tableau coloré entamé depuis le début de l'album.

Toujours rock "Charlie's Enormous Mouth" enfonce le clou dans un déluge de paillettes cinématographiques puis "Any Downers ?" qui oeuvre dans une dynamique quasi hard-rock. "Conehead" reste dans l'audible, avec une mélodie accrocheuse même si un peu datée dans les arrangements.

Même si "You Are What You Is" ne tient que sur deux accords, ce n'est que du bonheur de pop sautillante au large pouvoir enivrant. "Mudd Club" laisse couler un petit reggae minimaliste survolé par une voix fantomatique puis "Meek Shall Inherit Nothing", joli morceau très pop et fédérateur.

Moins accrocheur, "Dumb All Over" et sa longue litanie de voix trafiquée sur une musique minimaliste a du mal à séduire. L'ensemble tourne sur le même mode répétitif jusqu'à son dénouement épuisé. "Heavenly Bank Account" s'amuse et nous joue un morceau façon "Muppet"s Show", avec l'impression que les marionnettes représentant chaque musicien se tiennent par les épaules pour faire les choeurs. Suit un petit blues simple et enlevé, "Suicide Chump" véritablement joué à l'ancienne puis un vrai générique de dessin animé avec "Jumbo Go Away" où les images animées et colorées semblent prendre la forme de la moustache du Zappa. Farfisa en poste avancé, "If Only She Woulda" est un joli morceau façon Santana, assorti d'un solo supporté avec sérieux par l'orgue évoqué en ce début de phrase. Pour terminer, "Drafted Again" est suffisamment tonitruant pour nous donner envie de remettre l'album au début.

Zappa en accès libre et facile. Chaque morceau peut être dégusté comme une petite sucrerie joliment coloré. Les critiques et les puristes n'ont pas vraiment aimé, voyant dans ce disque une espèce de compromis tournant parfois à la facilité. Reste un album fort digeste, avec des chansons d'une durée normale et d'un éclectisme qui varie les plaisirs.

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