Uncle Meat (1969)



Uncle Meat Frank Zappa

CD 1

1 - Uncle Meat: Main Title Theme 1:56
2 - The Voice of Cheese 0:26
3 - Nine Types of Industrial Pollution 6:00
4 - Zolar Czakl 0:55
5 - Dog Breath, in the Year of the Plague 4:00
6 - The Legend of the Golden Arches 3:28
7 - Louie Louie (At the Royal Albert Hall in London) 2:19
8 - The Dog Breath Variations 1:48
9 - Sleeping in a Jar 0:50
10 - Our Bizarre Relationship 1:05
11 - The Uncle Meat Variations 4:46
12 - Electric Aunt Jemima 1:46
13 - Prelude to King Kong 3:38
14 - God Bless America (Irving Berlin) 1:10
15 - A Pound for a Brown on the Bus 1:29
16 - Ian Underwood Whips It Out 5:05
17 - Mr. Green Genes 3:14
18 - We Can Shoot You 2:03
19 - If We'd All Been Living in California... 1:14
20 - The Air 2:57
21 - Project X 4:48
22 - Cruisin' for Burgers 2:18

CD 2

1 - Uncle Meat Film Excerpt, Pt. 1 37:34
2 - Tengo Na Minchia Tanta 3:46
3 - Uncle Meat Film Excerpt, Pt. 2 3:50
4 - King Kong Itself [Played by the Mothers] 0:49
5 - King Kong II [Interpreted by Dom de Wild] 1:21
6 - King Kong III [Motorhead Explains It] 1:44
7 - King Kong IV [Gardner Varieties] 6:17
8 - King Kong V 0:34
9 - King Kong VI [Live at Miami Pop Festival] 7:24

Paru en 1969, "Uncle Meat" est une belle somme musicale destinée à illustrer un film qui sortira quelques années plus tard. Zappa, en touche-à-tout indécrottable, va explorer toute la musique qu'il aime, celle qui vient du blues et d'ailleurs.

Beaucoup de morceaux instrumentaux dans ce grand effort sonore avec un penchant avoué pour la musique classique que Zappa ne reniera jamais, même si l'orientation donnée à ce 6ème opus reste tout de même bien ancrée dans le jazz et le jazz-rock.

La réédition de 1995 en CD de l'objet donnera lieu à quelques rajouts : une nouvelle chanson absente du disque original ("Tengo Na Minchia Tanta") et près de 40 minutes d'extraits sonores du film, pour les plus courageux ("Uncle Meat Film Excerpt", Pt. 1 et Pt.2).

Le vibraphone est à la noce sur l'introduction "Uncle Meat: Main Title Theme" rejoint par un clavecin timide qui part en sifflant dans une galaxie sans doute proche de la nôtre.

Un fromage va s'exprimer librement au milieu de quelques grognements dans "The Voice of Cheese", puis "Nine Types of Industrial Pollution" se met au mouvement avec une guitare jazz et un roulé permanent de percussions invasives. Très pointu techniquement, le titre s'enrichit au fur et à mesure avec de nouveaux arrivants sonores qui installent une ambiance aérienne. Intermède expérimental avec "Zolar Czakl" puis "Dog Breath, in the Year of the Plague" fait tourner une petite ritournelle à base de nombreux personnages : une chanteuse lyrique, des gens qui aboient, des choeurs doo-wop, des voix nasillardes contrefaites et une multitude d'ambiances entre délire et folk printanier. Baroque et mue par un mouvement d'horlogerie dopé aux cuivres, "The Legend of the Golden Arches" déroule un tapis de sonorités claires et contemporaines emmené par la voix de la clarinette qui devient le centre de toutes les attentions.

Que ceux qui espéraient entendre une mouture de "Louie Louie" par Zappa en seront pour leur frais : au menu, rigolades live avec le public du Royal Albert Hall et pouet-pouet de toutes natures. "The Dog Breath Variations" est très agréable, aéré avec des sonorités multiples, du clavecin au bois en passant par le vibraphone. Court "Sleeping in a Jar" introspectif et réfléchi puis "Our Bizarre Relationship" un intermède parlé relativement dispensable sauf dans le monde magique de Zappa.

Démonstration de clavecin serti de cuivres et de bois baroques pour le scintillant "The Uncle Meat Variations", avec une prise de relais de la guitare pour un final blues à souhait, puis "Electric Aunt Jemima" tout en ambiance fifties. Jazz-rock vif et précieux, "Prelude to King Kong" tisse une mélopée dissonante où le saxo et d'autres cuivres s'interpellent d'une voix plaintive. "God Bless America (Irving Berlin)" est grotesque mais voulu comme tel, moitié patriotisme débile, moitié percussions, puis "A Pound for a Brown on the Bus" prend le relais avec force intimidation contemporaine.

Jazz-rock complexe et rapide sur "Ian Underwood Whips It Out" avec un saxophone qui part en vrille selon un chemin connu uniquement de lui-même. La chose est captée live à Copenhague en 1967. Slow lancinant, "Mr. Green Genes nous entraine dans un final romain jusqu'à "We Can Shoot You", mystérieux et introspectif vêtu de percussions aérées, un exemple de ce que Zappa sait faire en termes de musique contemporaine. Après une petite conversation sur "If We'd All Been Living in California...", Zappa renoue avec le doo-wop fifties sur "The Air". A la fois poussif et inquiétant, "Project X" oeuvre dans un climat jazz/musique contemporaine aux arêtes vives et aux sonorités grotesques. Le premier CD se termine avec "Cruisin' for Burgers" sorte de pop hybride, moitié jazz-rock, moitié progressif.

Longue plage fourre-tout, "Uncle Meat Film Excerpt, Pt. 1" est l'occasion pour Zappa de mettre de la musique sur des images ou des discours sur de la musique. Avec un court démarrage gentillet sur fond de perceuse, cette longue plage n'est en fait qu'un film dont on n'aurait gardé que le son. Les discours et dialogues qui émaillent ce laborieux exercice, qui ne présente d'ailleurs aucun intérêt musical, captent difficilement l'attention.
"Tengo Na Minchia Tanta" sonne très actuel, complètement en marge du reste, groove moderne aux synthés pas du tout datés.
Pas de musique pour "Uncle Meat Film Excerpt, Pt. 2" mais un extrait où les voix parlées s'entremêlent sans soulever le moindre intérêt.
L'enchainement des différentes adaptations de King Kong débute avec "King Kong Itself" , une cinquantaine de secondes d'un jazz chauffé par les Mothers of Inventions, puis une version estampillée jazz-rock pur d'un certain Dom de Wild, dont les pages Internet ne nous révéleront pas l'identité.

"King Kong III [Motorhead Explains It]" n'a aucun rapport avec Motorhead, ni de près ni de loin, mais plutôt avec un Davis, Miles de son prénom. Une belle digression jazz avec "King Kong IV [Gardner Varieties]" mais une sonorité nasillarde qui gâche quelque peu l'ensemble.

Pour finir, une trentaine de secondes de musique contemporaine avec "King Kong V" puis le final enfin, "King Kong VI", belle leçon jazz-rock où les cuivres règnent encore en maître.

Deux heures de musique et de bien d'autres choses en compagnie de Zappa.
Le second CD bonus n'est pas indispensable sauf pour les puristes.
La facette jazz-rock est exploitée à fond dans ces deux rondelles et la guitare du maître se révèlera un peu trop silencieuse au goût de certains.

"Uncle Meat" reste tout de même une étape historique dans la discographie de Zappa et qu'il convient de visiter au moins une fois.