Shut Up 'n Play Yer Guitar (1981)



Shut Up 'n Play Yer Guitar frank zappa

Disque 1

1 - Five-five-five 2:36 | 2 - Hog Heaven 2:48 | 3 - Shut Up 'n Play Yer Guitar 5:38 | 4 - While You Were Out 6:03
5 - Treacherous Cretins 5:34 | 6 - Heavy Duty Judy 4:38 | 7 - Soup 'n Old Clothes 7:56

Disque 2

1 - Variations on the Carlos Santana Secret Chord Progression 3:58 | 2 - Gee, I Like Your Pants 2:31 | 3 - Canarsie 6:08
4 - Ship Ahoy 5:22 | 5 - The Deathless Horsie 6:21 | 6 - Shut Up 'n Play Yer Guitar Some More 6:53 | 7 - Pink Napkins 4:38

Disque 3

1 - Beat It With Your Fist 1:58 | 2 - Return of the Son of Shut Up 'n Play Yer Guitar 8:30 | 3 - Pinocchio's Furniture 2:05
4 - Why Johnny Can't Read 4:35 | 5 - Stucco Homes 9:08 | 6 - Canard Du Jour 9:59


Zappa parle trop. Enfin c'est le reproche qui lui ai fait par certaines critiques. En 1981, Zappa décide de faire plaisir et compile trois disques vinyles dans un coffret qu'il intitule "Shut Up 'n Play Yer Guitar" qu'on peut traduire par "Ferme-là et joue de la guitare".
Sur ces trois disques, devenus deux à l'avènement du CD, 20 morceaux ou plutôt 20 solis de guitare sont issus de concerts ayant eu lieu pour la plupart sur les 4 dernières années. Pour ceux qui trouvaient encore la voix de Zappa trop présente en concert, le moustachu sortira également "Guitar" en 1988 dans la même thématique.

Tout commence avec "Five-five-five" sur une rythmique solide et ancrée sur une seule note qui permet à la guitare de Zappa de déployer ses ailes. Puis le blues lent de "Hog Heaven" prend un relais chargé d'électricité pour un titre en déséquilibre constant.

"Shut Up 'n Play Yer Guitar" fait souffler un vent de tempête, avec un solo de guitare où une épingle à cheveu ne pourrait se glisser. Dense et fourni, cet instrumental double sa fourrure pour l'hiver. "While You Were Out" nous emmène dans des vastes territoires où la zénitude est de rigueur. La guitare se fait miniature et survole le paysage d'un air détaché mais concerné. Un beau moment de tranquillité couleur d'eau. "Treacherous Cretins" préfère la déambulation tranquille aux agitations fébriles. Pourtant la mer calme se déchaine en fin de parcours, mettant des couleurs vives sur un paysage musical auparavant pastel. "Heavy Duty Judy" fleure bon la pop des seventies, de celle qui fait claquer des doigts et remuer la tête. Encore une fois, le truc est échevelé et tressé très serré. L'issue du premier disque en version vinyle arrive avec l'excellent et nonchalant "Soup 'n Old Clothes". Le thème se déroule invariablement en cumulant quelques nuages électriques jusqu'à un final pointu et précis suivi des applaudissements du public qui s'estompent pour terminer cette première galette.

Forcément décliné sur un rythme latino, "Variations on the Carlos Santana Secret Chord Progression" dévoile un pan méconnu de la musique de Zappa avec un détricotage en règle jubilatoire. Dévalant des montagnes russes et remontant des pentes abruptes, "Gee, I Like Your Pants" joue rapidement au yo-yo puis enchaine sur le jazz-rock difficile d'accès "Canarsie", nébuleux à souhait. Plus mystique "Ship Ahoy" inonde les enceintes d'un son spatial où la guitare se retrouve quasiment seule pour une dissertation de plus de 5 minutes en autonomie.
"The Deathless Horsie" part de presque rien pour entrer dans un maëlstrom furieux. Le climat devenu anxiogène du truc est juste aéré par quelques éclats de percussions en forme de clochettes scintillantes. La guitare prend une voix grave pour aborder ce "Shut Up 'n Play Yer Guitar Some More", interprétation d'un titre appelé "Inca Roads" et figurant sur "One Size Fits All". Le solo suit un parcours tout en montée et en descente, d'envolées spécifiques à des retombées lourdes et rock.
Pour clore ce second volet en vinyle, "Pink Napkins" résonne au son d'une guitare spatiale sur un jazz lent et métallique.

Mise en bouche rapide et foutraque avec le court "Beat It With Your Fist" où basse et batterie semblent oeuvrer dans un espace temps différent. Puis un troisième solo exhumé de "Inca Roads", "Return of the Son of Shut Up 'n Play Yer Guitar" qui voit la guitare s'insinuer dans la rythmique complexe d'un jazz-rock heurté.
Après un "Pinocchio's Furniture" de courte durée, un dix-huitième solo nous attend au détour de "Why Johnny Can't Read" où, encore une fois, la partie rythmique ne sert que de faire valoir à une guitare maîtresse. Ambiance apaisée pour l'avant-dernier morceau proposé "Stucco Homes". Deux guitares sèches étoilées accompagnées d'une seule batterie, qui procèdent par petites touches successives, dessinant un paysage auditif morcelé, semé de petites embûches plaisantes.
Final fin et éthéré avec "Canard Du Jour", l'occasion d'un duo entre Zappa au bouzouki et Jean-Luc Ponty au violon. L'ensemble, aux racines indiennes avouées et profondes, donne à voir un paysage à la nuit tombée, dans une ambiance de clair obscur.

Cette 1h47 de solos parfois ininterrompus laisse entrevoir le travail colossal de Zappa et sa contribution énorme à toutes les formes de musique. Une belle claque à la facilité et un témoignage intemporel d'un musicien toujours présent dans les mémoires.