Sheik Yerbouti (1979)



sheik yerbouti frank zappa

1 - I Have Been in You 3:33
2 - Flakes 6:41
3 - Broken Hearts Are for Assholes 3:42
4 - I'm So Cute 3:09
5 - Jones Crusher 2:49
6 - What Ever Happened to All the Fun in the World 0:33
7 - Rat Tomago 5:15
8 - Wait a Minute 0:33
9 - Bobby Brown Goes Down 2:49
10 - Rubber Shirt 2:43
11 - The Sheik Yerbouti Tango 3:58
12 - Baby Snakes 1:50
13 - Tryin' to Grow a Chin 3:31
14 - City of Tiny Lites 5:32
15 - Dancin' Fool 3:43
16 - Jewish Princess 3:16
17 - Wild Love 4:09
18 - Yo' Mama 12:36

Voici un des plus gros succès commerciaux du Zappa. "Sheik yerbouti" parait en 1979 et compile des séances live dans tous les styles abordés par le maitre. Le titre est une déformation de l'expression "Shake your booty" (bouge ton c...) et l'ensemble du disque parodie bon nombre de musiciens contemporains, que Zappa égratignera gentiment dans quelques titres.

Démarrage en douceur avec le surf de "I Have Been in You", où Zappa prend sa voix grave. Le titre prend du vent dans les voiles en fin de parcours et s'épaissit avec quelques instruments frais au kilo.
Plus complexe, "Flakes" s'enrichit de pop psychédélique avec toujours ce soupçon de musique fifties. Les sons de clavier sont délicieusement kitsch et la durée du titre, près de 7 minutes, autorise toutes les folies, comme celle de parodier Bob Dylan avec un Adrian Belew au chant (futur King Crimson) qui produit une imitation très fidèle.

Du rock, du lourd et du rapide avec "Broken Hearts Are for Assholes", mais bien vite les choses se calment et les voix prennent la direction des opérations, mettant la musique au second plan tout en laissant tourner un mode répétitif et pas forcément très prenant.
Trépidant, "I'm So Cute" emmène le punk dans l'escarcelle de Zappa dans un morceau tourbillonnant et psyché, tandis que "Jones Crusher" joue avec les codes du boogie dans un shuffle digne de Stevie Ray Vaughan. Trente secondes de n'importe quoi avec "What Ever Happened to All the Fun in the World", rires inextinguibles, gratouillements de cordes et passage éclair de synclavier puis le blues tourmenté de "Rat Tomago" prend le relais dans un solo tricoté à l'ancienne par un Zappa inspiré.

"Wait a Minute" en fait, une trentaine de secondes de crétinerie avant de passer sur "Bobby Brown Goes Down", une bluette déclinée sagement avec des choeurs mâles, mélange de Frankie Goes to Hollywood et des Beach Boys. "Rubber Shirt" met la basse à l'honneur avec un solo exécuté de doigt de maitre par un certain Patrick O′Hearn qui accompagnera Zappa pendant 2 ans.

Zappa fait tanguer sa guitare sur un tango psyché/jazz, "The Sheik Yerbouti Tango" avec un solo fouailleur, qui défriche des territoires encore vierges, celui du tango-jazz-rock. Des traits vivaces de claviers viennent zébrer le tricotage du maitre en éclairs vif-argent.
Choeurs façon Caliméro sur le court "Baby Snakes", pop/rock alimenté par la gouaille habituelle du Zappa, puis la pop échevelée de "Tryin' to Grow a Chin" prend le relais. Le titre est de facture très conventionnelle et s'écoute comme un bon vieux morceau pop.
Parcouru de "blips" et "blops" spatiaux, "City of Tiny Lites" est une jolie pièce rock rendue comme telle par le solo du sieur Zappa qui laisse libre cours à son imagination débordante. Sans doute un des meilleurs titres du disque. Très fleurie, "Dancin' Fool" hésite entre plusieurs tendances mais garde un côté juvénile de comédie musicale.

"Jewish Princess" prend des stridences de canard sur un fond fifties pour nous servir une musique chère à Zappa. Avant d'attaquer la grosse pièce finale, Zappa se fend d'un "Wild Love". Le truc part un peu dans tous les sens, comme un feu d'artifice que l'artiste aime à parer de toutes les couleurs qui lui passent par la tête avec l'art et la manière qui n'appartiennent qu'à lui seul pour les faire cohabiter. La grande pièce du disque, "Yo' Mama" qui laisse la parole à la guitare du Zappa la majeure partie du temps de ce titre, soit près de dix minutes.
Généreux, construit habilement avec des compétence d'orfèvre, "Yo' Mama" conclue cet album de manière lumineuse.

Pour "City of Tiny Lites" et "Yo' Mama", ce disque est un indispensable qui a ravit et ravira encore sûrement de nombreux fans de Zappa et d'autres pas forcément clients.
Zappa clôturait les années 70 avec brio pour attaquer une nouvelle décennie avec toujours autant d'enthousiasme.