Make a jazz noise here (1991)



Make a jazz noise here frank zappa






Disque 1

  1. Stinkfoot 7:39
  2. When Yuppies Go to Hell 14:35
  3. Fire and Chains 3:57
  4. Let's Make the Water Turn Black 1:36
  5. Harry, You're a Beast 0:47
  6. The Orange County Lumber Truck 0:41
  7. Oh No 4:43
  8. Theme from Lumpy Gravy 1:11
  9. Eat That Question 1:55
  10. Black Napkins 6:56
  11. Big Swifty 11:12
  12. King Kong 13:04
  13. Star Wars Won't Work 3:42






Disque 2

  1. The Black Page 6:46
  2. T'Mershi Duween 1:42
  3. Dupree's Paradise 8:34
  4. City of Tiny Lights 8:01
  5. Royal March from L'Histoire du soldat 0:59
  6. Theme from the Bartok Piano Concerto #3 0:43
  7. Sinister Footwear 2nd mvt. 6:39
  8. Stevie's Spanking 4:25
  9. Alien Orifice 4:15
  10. Cruisin' for Burgers 8:27
  11. Advance Romance 7:43
  12. Strictly Genteel 6:38








En 1988, Zappa démarre une tournée qui ne durera que 5 mois, le Broadway Tour. Cette série de concerts sera écourtée en regard de la fatigue de Zappa. Il est déjà atteint par la maladie sans le savoir. 3 albums live illustrant cette tournée seront commercialisés ("Broadway The Hard Way" (1989), "The Best Band You Never Heard in Your Life" (1991) et "Make a Jazz Noise Here" (1991)). Les critiques sont d'accord pour dire que ce dernier volume représente la quintessence de ce que Zappa a pu produire. Tout y est : rock, musique expérimentale, reggae, classique...
Mêlant morceaux très connus ou plus confidentiels, avec une belle part d'improvisation laissée aux musiciens, ce double-effort en concert propose 2h15 de grands moments musicaux.

Dès le début, Zappa met la musique sur "Pause" et fait tourner un gimmick en boucle pour dire bonjour à son public. Le blues de "Stinkfoot" prend la suite et reste sur les deux notes de départ. L'atmosphère sur scène, les interventions en forme de clins d'oeil des musiciens donnent une bonne idée du plaisir d'être sur scène.

Grand fourre-tout de près de 15 minutes, "When Yuppies Go to Hell" mixe allègrement compos expérimentales, musique contemporaine et livre une splendide prestation jamais ennuyeuse. "Fire and Chains" déroule un tapis de guitare à consonances orientales dans une formule jazz-rock répétitive puis trois morceaux courts sur pattes passent en un éclair : "Let's Make the Water Turn Black" en générique de "Tournez manège", "Harry, You're a Beast" illustration d'un numéro de cirque puis "The Orange County Lumber Truck" comme une suite logique du générique de Mannix.

"Oh No" tisse une toile rapide et brosse à grands traits un jazz-rock sautillant puis c'est à nouveau le tour de "petits" morceaux, comme des petits bouts de bonheur en échantillon : "Theme from Lumpy Gravy" abordé façon teaser et "Eat That Question" certes un peu plus long avec de beaux cuivres en filigrane.

Retour à quelque chose de plus consistant avec le beau jazz ténébreux de "Black Napkins", aussi noir et vénéneux que les films du même nom. La trompette de Walt Fowler crée un superbe climat relayé par le saxophone de, au choix : Paul Carman, Bobby Martin, Kurt McGettrick ou Albert Wing.
Un autre moment indispensable de ce double live.

"Big Swifty" perdure dans cette veine jazz classique. Celui-ci est toutefois moins conventionnel que son prédécesseur et s'aventure souvent dans des contrées balayées par des vents inconnus. L'instant n'en est pas moins beau. Avec le saxophone comme porte-parole, "King Kong" se lance dans un reggae jazz-rock prolixe. A la mi-temps de ce grand titre de plus de 13 minutes, le psyché envahit la plage musicale avec de fortes vociférations vocales et hésitations musicales. L'ensemble se termine sur un jazz très classique mené par une trompette en liberté.

Encore un autre très bon moment.
La conclusion du premier tome se fait sur "Star Wars Won't Work", un instrumental à la guitare liquide.

Le second s'ouvre sur le délicieux "The Black Page" qui fait un tour d'horizon complet de la machine musicale présente sur scène. Cette ouverture est suivie de "T'Mershi Duween" beaucoup plus alerte et qui jalonne son propos de points d'interrogations. "Dupree's Paradise" suit un parcours jazz des plus classiques avec une partie plus sombre voire malsaine en milieu de morceau. Lâchant le mode jazz pour quelque chose de plus rock, "City of Tiny Lights" adopte des réflexes funk et délivre un solo à mi-parcours. Même si la chose est mouvementée à souhait elle s'inscrit difficilement dans la thématique globale de l'album à l'identique de "Stinkfoot" qui ouvre les hostilités.

Deux extraits classiques revisités plus tard "Royal March from "L'Histoire du soldat" (Igor Stravinski)" et "Theme from the Bartok Piano Concerto #3 (Béla Bartók)", le groupe s'oriente vers l'énigmatique et lourd "Sinister Footwear 2nd mvt" une jolie bande-son jazz-rock dominée par les cuivres.

"Stevie's Spanking" fait apparaitre des résonances rock jusqu'ici bien cachées par le jazz ambiant. La guitare prend son envol et ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Sur "Alien Orifice" les instruments explorent un terrain free-jazz en mode aventure puis tout le monde embarque pour "Cruisin' for Burgers" hésitant au début sur la trajectoire à prendre, puis qui emprunte avec élégance une route pop rock avec une guitare en solo pour guide. ''Advance Romance" avance remonté comme un réveil, avec des passages où le rythme atteint une vitesse supersonique. Lourd, parfois gras du bide, cet excellent blues est la dernière barrière à franchir avant la ligne d'arrivée cristallisée par "Strictly Genteel", gentiment amené pour refermer ce beau livre d'images sonores.

"Make a Jazz Noise Here" est la plus jolie occasion de retrouver Zappa sur scène et au meilleur de sa forme et comme dit Karadoc de Vannes, "cherchez pas, question nostalgie, vous trouverez pas mieux ailleurs"...