Guitar (1988)



Guitar frank zappa
Disque 1
1 - Sexual Harassment in the Workplace 3:42 | 2 - Which One Is It ? 3:04 | 3 - Republicans 5:07 | 4 - Do Not Pass Go 3:37
5 - Chalk Pie 4:52 | 6 - In-A-Gadda-Stravinsky 2:49 | 7 - That's Not Really Reggae 3:16 | 8- When No One Was No One 4:49
9 - Once Again, without the Net 3:43 | 10 - Outside Now 5:28 | 11 - Jim & Tammy's Upper Room 3:11
12 - Were We Ever Really Safe in San Antonio ? 2:49 | 13 - That Ol' G Minor Thing Again 5:02 | 14 - Hotel Atlanta Incidentals 2:44
15 - That's Not Really a Shuffle 4:23 | 16 - Move It or Park It 5:43 | 17 - Sunrise Redeemer 3:58

Disque 2

1 - Variations on Sinister #3 5:16 | 2 - Orrin Hatch on Skis 2:12 | 3 - But Who Was Fulcanelli ? 2:48 | 4 - For Duane 3:24 | 5 - GOA 4:51
6 - Winos Do Not March 3:14 | 7 - Swans ? What Swans ? 4:23 | 8 - Too Ugly for Show Business 4:20 | 9 - Systems of Edges 5:32
10 - Do Not Try This at Home 3:50 | 11 - Things That Look Like Meat 6:54 | 12 - Watermelon in Easter Hay 4:02 | 13 - Canadian Customs 3:35
14 - Is That All There Is ? 4:08 | 15 - It Ain't Necessarily the Saint James Infirmary 5:14




"Guitar" est un exercice auquel Zappa s'est déjà essayé : puiser dans son abondante matière musicale live pour en extraire un best of des meilleurs solis de guitares éparpillés sur son oeuvre. Dans un esprit similaire à "Shut Up 'n Play Yer Guitar", Zappa colle bout à bout des moments de gloire personnels avec 32 extraits de solis sans cesse renouvelés où le moustachu se révèle encore une fois un guitariste pas comme les autres : il ne rejoue jamais deux fois le même solo.

Le premier CD commence avec "Sexual Harassment in the Workplace" un blues très honnête et conventionnel qui installe l'ambiance.

Les experts pourront se délecter de découvrir les différences avec les originaux gravés en studios, les autres bailleront peut-être devant cette compilation parfois indigeste quand on n'est pas un fan hard-core de la 6 cordes. Enchevétré à l'extrême, "Which One Is It ?" se heurte la tête aux murs et au plafond et rebondit dans tous les sens au rythme d'une partition serrée comme une râpe à fromage. Sombre et oriental, "Republicans" n'a besoin que d'une corde de basse rebondie pour se déployer. Il s'arrête brutalement pour être remplacé par "Do Not Pass Go", un solo liquide en suspension sur une rythmique clairsemée où le vibrato tient bien sa place. Semi reggae, semi-jazz rock, "Chalk Pie" est complexe et reste une démonstration technique imparable. La chose parait un tant soit peu longuette, le solo occupant quasiment l'espace à lui tout seul.

Sur une tournure pop, "In-A-Gadda-Stravinsky" décline son solo destructuré et quasiment atonal par rapport au reste. La coupure intervient brutalement pour passer à "That's Not Really Reggae" en mode reggae. Le solo est joli, délié, et ne s'offre aucun répit.

"When No One Was No One" hoquète et découpe la partition en tranches inégales. La guitare et la batterie partent toutes deux en solo, bras dessus dessous pour un exercice jazz-rock bien barré. "Once Again, without the Net" a des reflets martiaux mais fait briller un soleil oriental dans la guitare du Moustachu.

"Outside Now" prend la place de devant et laisse en décor deux notes de musique arrangées avec soin par une orchestration discrète. Retour à une vraie et salutaire ambiance rock avec "Jim & Tammy's Upper Room" qui se comporte plus comme un véritable instrumental que comme un simple extrait de solo.

"Were We Ever Really Safe in San Antonio ?" se veut fluide sur un air de ballade, avec toujours cet accompagnement discret juste là pour donner les tonalités. L'arrivée de l'orgue Hammond se fait sentir sur "That Ol' G Minor Thing Again", un morceau qui pourrait passer pour du Santana. Comme la plupart des morceaux (qui n'en sont d'ailleurs pas) de ce disque, la partie rythmique est volontairement monotone pour supporter plus facilement le solo. On glisse sur "Hotel Atlanta Incidentals" aux couleurs reggae. La partie rythmique s'énerve plus que de raison et le passage s'ébouriffe tout seul avant de passer à autre chose. Comme assez souvent sur ce disque "That's Not Really a Shuffle" tient en équilibre sur un accompagnement sommaire constitué de deux accords. Zappa vient coudre son solo par dessus. Plongeons ensuite dans un bain de jazz rock moussant avec "Move It or Park It" où tout semble attendre quelque chose. Le morceau se construit puis se décompose pour mieux renaitre nous laissant sur une sensation étrange. Joli final de premier CD avec "Sunrise Redeemer" aux accents jazz-rock qui vont s'éteindre dans le lointain.

L'attaque de cette deuxième somme de solis se fait avec "Variations on Sinister #3". Bousculé sur une rythmique jazz rock, ce solo aurait pu être joué seul, sans support des instruments derrière. En pilotage reggae, "Orrin Hatch on Skis" utilise quelques claps hands qui ne parviennent pas à ringardiser le propos. "But Who Was Fulcanelli ?" pose une question à laquelle Zappa répond en musique, puis il rend hommage à un des frères Allman avec "For Duane", seule pépite blues au milieu de toutes ces interventions guitaristiques en solitaire. Le rock reprend des droits trop souvent délaissés et assène un solo offensif à souhait. "GOA" rejoint le peloton des solos où la note ultime va être débusquée tout au long d'un périple qui ressemble de très près à une intervention chirurgicale. Repoussé dans ses derniers retranchements, le solo livre ses tripes sur un plateau. Puis c'est au tour de "Winos Do Not March" de faire frémir le manche de la 6 cordes sur une partition riche et touffue. Avant une explosion finale inéluctable, "Swans ? What Swans ?" ramène le calme dans un reccueillement jazz-rock dépouillé. "Too Ugly for Show Business" ressemble pour une fois dans ce disque à un vrai morceau, sans faire trop ressentir le côté répétitif présent dans les autres titres. Un peu de repos avec "Systems of Edges" qui donne dans la ballade puis le vent rock revient et apporte avec lui "Do Not Try This at Home", morceau à vif qui remet les pendules à l'heure. Passage en mode reggae avec le long "Things That Look Like Meat". La guitare descend dans les graves puis revient gronder plus avant en gardant toute sa colère. "Watermelon in Easter Hay" égrène ses 242 secondes comme une horloge musicale dopée à la 6 cordes.

Le trio de fin se profile à l'horizon : tout d'abord "Canadian Customs" désagrège l'ensemble et déconstruit la partition pour mieux la rebâtir sur "Is That All There Is ?" à la langueur exacerbée. Pour terminer, Zappa assène un "It Ain't Necessarily the Saint James Infirmary" qui referme ce grand livre sonore.

Long. Très long. S'enfiler deux albums de solo l'un derrière l'autre n'est pas forcément bien supportable excepté pour les inconditionnels et les historiens-chirurgiens soniques du moustachu. Disons que ce double effort est plus un recueil, voire un dictionnaire de solo de Zappa dans lequel il fera bon puiser quelques extraits de temps à autre.