Freak Out ! (1966)



Freak out Frank Zappa

1 - Hungry Freaks Daddy 3:30
2 - I Ain't Got No Heart 2:30
3 - Who Are The Brain Police ? 3:22
4 - Go Cry On Somebody Else's Shoulder 3:31
5 - Motherly Love 2:45
6 - How Could I Be Such A Fool 2:12
7 - Wowie Zowie 2:45
8 - You Didn't Try To Call Me 3:17
9 - Any Way The Wind Blows 2:52
10 - I'm Not Satisfied 2:37
11 - You're Probably Wondering Why I'm Here 3:37
12 - Trouble Everyday 5:56
13 - Help I'm A Rock /It Can't Happen Here 8:37
14 - Return of the Son of Monster Magnet 12:17

"Freak Out ! " est le premier album de Frank Zappa Frank Zappa et parait en août 1966. Une vingtaine de musiciens seront sollicités pour remplir les deux faces de ce double album d'une durée de plus d'une heure.

On retrouvera dans ce premier opus ce qui fera la marque de fabrique Zappa pour les dix ans à venir : une satire sociale omniprésente balancée au travers d'un humour particulièrement corrosif. L'ensemble est maitrisé par une grande rigueur musicale qui fera taire les mauvaises langues qui ne voyaient en la musique de Zappa qu'un joyeux foutoir pas sérieux.
Zappa reste le grand ordonnateur de ce double effort même s'il se met volontairement en retrait (il ne chante que 5 chansons sur 15) pour diriger ce vaste ensemble.

"Freak Out !" ne détonnera pas trop dans le paysage pop de cette fin des années 60, du moins pour le contenu du premier disque. Celui-ci laisse libre cours aux courants de l'époque (rock, rythm'blues et jazz) avec des morceaux aux couleurs pop agréables ("Hungry Freaks Daddy", "I Ain't Got No Heart").

Zappa flirte même avec les années 50 avec des titres comme "Go cry on somebody else´s shoulder" ou "Wowie Zowie", pour revenir à la pop du flower power naissant ("Motherly Love") et des morceaux richement orchestrés ("You Didn't Try To Call Me").

Sous couvert de déconnades, les sujets de société de l'époque sont abordés sans détour (le racisme et la répression policière avec "Who Are The Brain Police ?", ou la fausse chanson d'amour "How Could I Be Such A Fool").

Beaucoup de titres sont très agréables à entendre ("Any Way The Wind Blows"), petites perles sixties fondantes et, à priori, sans prétention. C'est sur la fin que Zappa livre ses compositions les plus ambitieuses avec des durées qui s'allongent au-delà des trois minutes réglementaires.
"Trouble every day" raconte les violentes émeutes dans les ghettos noirs sur fond de pop anglaise lancinante troussée à l'ancienne avec des guitares bien appuyées, avant d'attaquer une première grande pièce "Help I'm A Rock /It Can't Happen Here" avec deux titres collés par la même sensation de quitter la planète pour un ailleurs bien barré. Avec "Help I'm A Rock" Zappa fait tourner un rythme répétitif jusqu'à la nausée et dégoupille complètement sur "It Can't Happen Here" branché sexe avec ses percussions hommage à Edgar Varèse, une des influences majeures de Zappa.

Le disque se termine sur "Return of the Son of Monster Magnet", une longue pièce expérimentale difficilement cernable.

"Freak Out !" montre des avancées en matière d'enregistrement avec toutes les innovations du moment réunies (réverb, stéréo...), le travail réalisé en post-production étant aussi à saluer (boucles, accélérations, collages...). Zappa tente de montrer les vicissitudes de la société dans laquelle il vit avec des armes non violentes mais diablement efficaces : l'ironie et des qualités musicales qui obligeront ses pairs à le prendre au sérieux.

Le pari est réussi avec "Freak Out !" qui va compter dans le monde du rock comme un des dix albums ayant le plus influencé la destinée de celui-ci.