Dance me this (2015)



dance me this Frank Zappa

1 - Dance Me This 2:02
2 - Pachuco Gavotte 3:26
3 - Wolf Harbor 8:02
4 - Wolf Harbor II 6:52
5 - Wolf Harbor III 6:09
6 - Wolf Harbor IV 3:38
7 - Wolf Harbor V 3:08
8 - Goat Polo 3:04
9 - Rykoniki 1:58
10 - Piano 7:09
11 - Calculus 2:49

Peu d'exposition médiatique pour ce nouvel abum de Zappa paru en 2015.
Ce disque compte pourtant dans la discographie du Moustachu : c'est le 100 ème.

22 ans après la disparition de Zappa, ses héritiers exhument de "The Vault" (sorte de chambre forte où sont accumulées toutes les oeuvres de Zappa, inédites ou déjà publiées) ces compositions jouées au Synclavier. Le titre du disque "Dance me this" est conforme à l'esprit ironique de Zappa. Impossible de danser sur cette musique contemporaine dont l'esprit lorgne vers Edgard Varèse ou encore plus obscur, Conlon Nancarrow.
Bref, voilà donc encore un disque où l'amateur de rock détournera les tympans dès la première minute.
Mais pas nous.

Petite introduction jazzy sur "Dance Me This". Que ceux qui pensaient trouver dans ce disque une bande rébarbative et expérimentale tordue en seront pour leur frais. Cette musique est abordable, fraiche, émaillée d'instants de guitare et de voix gutturale.
Plus synthétique et plus déshumanisé, "Pachuco Gavotte" se déconstruit en tentant de maintenir la ligne de flottaison du morceau. L'exercice est périlleux mais sert de tremplin à une plongée tête baissée dans les ténèbres avec la première partie de "Wolf Harbor" qui est aussi la plus longue.

Mouvements liquides, traversée du désert et clochettes tibétaines sont les composantes principales de cette première vague. Des voix s'interpellent, des bruissements et des percussions métalliques enveloppent l'ambiance d'un tissu d'aluminium. Tout est mis en chantier et reste inachevé, en attente d'une intervention divine quelconque.

Plus discret, "Wolf Harbor II" reste sur des percussions fantomatiques. Le jeu musical se fait uniquement sur le passage de l'une à l'autre. Ce clapotis est très linéaire et l'amplitude acoustique reste dans les premières graduations. "Wolf Harbor III" est un labyrinthe de portes grinçantes, une promenade en barque qui mène tout droit vers le néant. Une corne prévient d'un événement mais lequel ? Il ne s'agit plus là de musique mais uniquement d'ambiance. Celle-ci est inquiétante, comme la plupart des morceaux de musique contemporains par ailleurs.

Percussions à nouveau sur "Wolf Harbor IV" plus industrielles cette fois-ci. La aussi le climat est angoissant, révélant des longs couloirs sombres d'usines désaffectées où le moindre bruit revêt une importance capitale. La jonction avec "Wolf Harbor V" se fait en douceur. Les violons apparaissent comme des chauves-souris pour parfaire le tableau noir évoqué depuis 4 morceaux puis un grognement ouvre "Goat Polo" où ce bruit humain du début se transforme en voix passée au travers d'un djidéridou. L'entourage musical est présent, tribal, accompagné par une pseudo flûte orientale. Les violons grondent sur "Rykoniki" et surfent sur une litanie lugubre. Puis le long "Piano" déboule. Les notes s'égrènent dans les aigus, la virtuosité ne l'emportant pas sur la mélodie atonale. Bientôt les graves réapparaissent. L'ensemble distille une ambiance malsaine destinée à accompagner un film en noir et blanc glauque.
La fin se décide avec "Calculus". Voix flûtée électronique et une petite caution World pour ce dernier morceau au rythme sans cesse remis en question.

Pour ce 100 ème album de la discographie Zappa, c'est la musique contemporaine qui est mise à l'honneur.
Autant dire que beaucoup de fans du Moustachu risquent de passer à côté dès les premières secondes d'écoute.

Mais ils sont tous impatients de savoir ce que recèle encore "The Vault", la malle au trésor de Zappa dans laquelle ses descendants puisent régulièrement pour le faire revivre l'espace d'un moment.